Le grand castelet

Pour la représentation d’un spectacle de marionnette à fils il faut prévoir un espace scénique capable d’accueillir et de faire évoluer les différents personnages, le castelet…

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Il était une fois, dans un château…

Un chateau  -  voir en grand cette image

Un castelet est une mini scène, un petit château adapté aux besoins des marionnettes et qui doit répondre aux contraintes techniques du spectacle présenté.

Plusieurs points sont à prendre en compte :

  • La taille des marionnettes et leurs déplacements
  • Le volume et le poids du castelet (monter/démonter)
  • Le temps de montage et de démontage
  • La hauteur de « scène » et la visibilité du spectacle
  • L’implantation des parties techniques
  • L’entrée en scène et les changements de décors
  • Les situations particulières
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La taille des marionnettes et leurs déplacements

Un castelet doit être proportionnel à la taille des marionnettes, ainsi, des petits personnages trouveront leur place sur une petite scène, ils ne seront pas perdus au milieux d’un grand tout….

Dans ce genre de conception il faut définir les proportions de l’espace scénique, un seul espace ou plusieurs, central ou avec « dépendances » ? Le héros a-t-il besoin de marcher, de visiter d’autres lieux ? Les décors sont-ils fixes, en trois dimensions ou dessinés sur une toile de fond ? Autant de questions qui ne peuvent rester sans réponse et qui définissent l’espace disponible au sol.

manette de Jonas

Attention, pour les marionnettes à fils, l’espace au sol est inférieur à l’espace que les fils occuperont à la verticale de la marionnette car, comme nous l’avons vu dans l’article sur la croix, la taille de la manette est au moins égale, voire supérieure à la taille du personnage manipulé.

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Le volume et le poids du castelet (monter/démonter)

« Plus c’est grand, mieux c’est… » Mais si le castelet ne rentre pas dans le coffre de la voiture… !
Flight Cases -  voir en grand cette image
Pour un spectacle, en plus du castelet, il faut penser à l’éclairage, à la sonorisation, aux marionnettes, à la boite à outils, aux décors et accessoires, plus les systèmes d’accroches et de rangements… chaque élément représente un poids et un volume supplémentaire. Si la structure de base ne tient pas dans le coffre, la totalité risque de ne pas rentrer dans le véhicule, à moins d’acheter un camion !

Pour une scène, utiliser une planche de contreplaqué suffisamment rigide. Si la scène est très grande, mieux vaut la concevoir en deux parties, avec une charnière ou tout autre système d’accroche rigide. Le must serait de s’en servir comme d’un couvercle pour les boîtes de rangement

  • (2 utilisations en 1)

Attention : Une planche de bois de moins de 22 mm devra être ignifugée. Lors de représentations en public, vous êtes tenus de prouver que votre castelet répond aux normes en vigueur (indice de classement au feu).

Un castelet « traditionnel » permet de manipuler une marionnette sans être vu, il est supposé vous cacher du public au cours de la manipulation, il doit permettre de dissimuler les marionnettes et tous les accessoires utilisés. Le castelet à lui seul est une véritable gageure.

Comment construire en un temps record, une grande structure résistante, qui puisse également se ranger dans le coffre d’une voiture !

Le pied de synthétiseur -  voir en grand cette imageAu début j’utilisais le tout en bois, mais c’était trop fragile alors je me suis tourné vers le métal, cela nécessite d’apprendre à souder mais c’est un vrai plaisir que de fabriquer ses propres pièces. Fini les assemblages à n’en plus finir, une pièce bien conçue s’emboîte ou se fixe par simple clic. En utilisant des profilés de métal, vous réduisez le volume de la structure et augmentez sa résistance mécanique. Pourtant, comme dans toute construction, il faut un point de départ qui soit suffisamment rigide, solide, léger et pliable.

J’ai nommé… le pied de synthétiseur  !
C’est la base rêvée pour un bon support de scène, sa hauteur est réglable et le reste de votre castelet trouvera autour de lui sa juste place.

N’oubliez pas que pour rigidifier vos structures, il n’y a rien de mieux que la triangulation !

structure sans triangulation -  voir en grand cette imagestructure avec triangulation -  voir en grand cette image

Toujours dans le rayon des optimisations : les caisses de rangement peuvent servir de support aux armatures, voire de marche pied pour se surélever lors de la manipulation.

Le principe du paravent est également très intéressant, il permet de se cacher du public, il est très léger et ne prend que peu de place une fois plié.

Sur mon dernier castelet, j’ai directement inclus le fronton et l’éclairage entre les enceintes, l’ensemble est modulable et dépend du réglage de la hauteur des pieds d’enceintes. C’est un gros gain de place.

Castelet du palais de Jonas

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Un temps de montage et de démontage raisonnable

J’ai vu de très beaux castelets, une merveille de construction… mais le montage de la structure ne prenait pas moins de deux jours, le moindre déplacement était long voire impossible sans tout démonter. Le castelet était en bois (contreplaqué) et les fixations se faisaient à l’aide de vis ou de tiges filetées.

Pour qu’une telle structure puisse être amortie, il faudra un grand nombre de représentations, oui mais où ? 6 mètres de large, 5 mètres de profondeur, 3 mètres de haut, seuls les théâtres et les salles polyvalentes peuvent offrir de telles surfaces, mais voilà, qui peut encore se permettre de bloquer une salle durant 5 jours pour une, voire trois représentations d’une heure ? Par expérience, le temps de montage maximum ne doit pas excéder les 4 heures et encore, sous la condition que le tout puisse être déplacé rapidement.

Lors du festival d’Avignon les créneaux horaires sont de 2 voire 3 heures seulement (temps de représentation inclus). Pour le palais de Jonas, notre castelet était entièrement monté dans un coin, avant chaque représentation nous transportions toute la structure en trois parties :

  • frontons et rampes d’éclairages
  • espace scénique
  • sonorisation et tout le reste

et le temps imparti n’était pas de trop. Mieux vaut un spectacle simple et épuré, qu’un grand projet inadapté !

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La hauteur de « scène » et la visibilité du spectacle

Les salles de spectacle ont différentes configurations. Certaines sont de plain-pied, d’autres de type « amphithéâtre ».

salle de théâtre

salle de théâtre « amphithéâtre » -  voir en grand cette imagesalle des fêtes -  voir en grand cette imageToutes ces dispositions ont des avantages et des inconvénients, mais c’est à vous, lors de la conception du castelet, de trouver la solution pour s’adapter à toutes ces configurations. L’estrade proposé est généralement de 1 m, parfois plus petite 40 cm ou plus haute 1 m 20. La seul chose qui importe, c’est que le public ne subisse aucune gène visuelle et qu’il puisse apprécier pleinement la représentation.

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L’implantation des parties techniques

Si le marionnettiste s’occupe lui-même de la partie technique, la sonorisation et les programmateurs de lumière doivent se trouver sous la structure du castelet ou en fond de scène, derrière le manipulateur.

La sonorisation

L’idéal est de se munir de micros HF, ils permettront un meilleur rendu des dialogues (derrière des rideaux le son de la voix est souvent étouffé) le micro HF vous évitera de vous entortiller dans des fils supplémentaires.

table de mixage caisse

Qui dit micros dit table de mixage, si la musique n’est pas jouée en direct il est bon de se munir d’une bonne platine CD ou d’un mini disque, le tout connecté à un ampli (2 X 150 watts en intérieur ou 2 X 300 watts si vous donnez des représentations en extérieur) couronné de deux enceintes de puissance équivalente !

Il peut être très pratique de disposer d’une télécommande capable d’ajuster le volume audio en cour de représentation, car à se moment là, impossible de lâcher le personnage.

Attention : Dans le monde de la sonorisation coexiste le « pas cher » et « l’inaccessible »…. mais il ne faut jamais perdre de vue que la qualité de votre sonorisation sera définie par son maillon le plus faible, donc… quel que soit votre choix, il est toujours préférable d’opter pour des connectiques de grandes qualité.

  • Une bonne platine CD :
    Si c’est pour un usage interne, un simple lecteur serait suffisant, mais si vous prévoyez de donner des représentations « publiques » ils faut impérativement recourir à une platine munie d’une mémoire tampon, c’est-à-dire un lecteur muni d’un dispositif antichoc. Il est déjà très difficile en cours de représentation de rester concentré sur les marionnettes, les changements de décors, les dialogues et les déplacements, si en plus de cela, il faut se déplacer à pas de loup pour ne pas interrompre le déroulement de la bande musicale…

A défaut et pour dépanner, posez votre platine CD de salon sur une plaque de mousse de 3 ou 4 cm d’épaisseur, cela fonctionne bien et supprimera une grande partie des vibrations.

  • Le lecteur mini disque, MD :
    Le mini disque présente les mêmes caractéristiques que les bonnes platines CD, mémoire antichoc, lecture d’une plage en single etc… Il offre un encombrement minimum, même si la mise en route et le contrôle du temps restant sont moins aisés.
  • Je déconseille les baladeurs MP3, avec une fréquence d’échantillonnage de 8 kHz ou 22 kHz car la compression est trop importante, garder toujours une bande audible de 44,1 kHz, avec des sources d’enregistrement de qualité.

Je porte également votre attention sur l’origine des musiques utilisées. Elles sont presque toutes enregistrées auprès de la SACEM, et donc interdites de diffusion sans en avoir informé l’organisme en question, celui-ci se chargera de vous faire part des droits d’auteur dont vous êtes redevable, même si l’entrée de la représentation « publique » est gratuite ou libre.

L’éclairage

bloc de puissance dmx modulaire

C’est un chapitre qui a déjà été abordé en partie dans le chapitre L’éclairage mais un petit complément s’impose.

Pour avoir une impression de « vrai » théâtre, il faut une véritable rampe d’éclairage, avec des ambres, des bleus, un peu de rouge et quelques couleurs chair, mais comment contrôler tout ce petit monde ? Cela dépend du type de lampes utilisées, pour du 220 volt il existe les blocs de puissance que l’on doit connecter à une console lumière pour créer une programmation c’est donc très pratique mais très cher. La solution serait du côté des par 16 -  voir en grand cette imagecommandes DMX, associées aux éclairages à LED. Ces consoles contrôlent les changements d’éclairage et sont également programmables. Les grands avantages de la LED sont les variations de couleur avec la même lampe (suivant les modèles), leur faible consommation, la durée de vie de ce type d’ampoules et le fait qu’elles ne produisent que peu de chaleur, mais elles comportent deux gros inconvénients, la qualité du faisceau (pas toujours très précis) et le manque de puissance. Il est possible de trouver ces lampes en 12 v ou 220 v. Elles s’intègrent parfaitement dans des « par 16 »

Il y a une autre possibilité qui s’offre à vous (elle n’est pas plus difficile que de signer un gros chèque dans une boutique de sono et lumière) tout en apportant un résultat intéressant, c’est l’auto construction !

Lampadaire halogene noirIl faut récupérer un transformateur 220/12 v assez puissant (ex :10 VA pour des ampoules halogènes, moins si se sont des ampoules à LED ) et l’alimenter avec un variateur de lampadaire halogène 500w. Vous disposez donc d’une source d’alimentation variable qui, après le transfo sera de 12 v. C’est à ce moment là que votre aptitude au bricolage sera mise à l’épreuve…. Configurer un boitier de commande muni d’interrupteurs on/off commandant chacun une lampe (en solo) ou une configuration complète (multiple). La somme des interrupteurs vous donnera toutes les séquences d’éclairage (6 ou 7 sont en général suffisant). Un petit exemple :

  • interrupteur 1 on : blanc (fade in) - (fade out)
  • inter 1 off, inter 2 on : blanc + rouge (fade in) - (fade out)
  • inter 2 off, inter 3 on : rouge + ambre (fade in) - (fade out)

ou…

  • inter 2 off, inter 3 on : rouge + ambre (fade in) -
  • inter 3 on, inter 4 off : ambre + jaune -
  • Etc…

Avec ce genre de configuration vous pouvez utiliser plusieurs fois les mêmes ampoules, il est possible d’utiliser un éclairage de « transition » alimenté par un autre variateur et connecter à une autre rampe d’éclairage pour ne pas avoir de trop brusque variation lumineuse (si vous n’effectuez pas un noir « fade out » à chaque changement d’ambiance). Je conseille également une majorité d’ampoules blanches munies d’un filtre « gélatine » pour obtenir la couleur souhaitée, les ampoules blanches (50 w max pour les dichroïques halogène) sont moins chères et se trouvent partout, celles en couleur sont plus spécifiques, donc moins facilement remplaçables.

Si vous connectez plusieurs lampes sur une seule rampe (pour réduire le temps de montage lors de l’installation du spectacle) constituez un faisceau de 1 fil par lampe (0,75 carré) + un retour commun (1.5 carré) Cela limitera considérablement la taille du faisceau reliant votre boîtier de commande à la rampe d’éclairage.
ATTENTION : UNIQUEMENT POUR UN ÉCLAIRAGE ALIMENTÉ EN 12 V !!!

Ci dessous, un compromis assez intéressant pour un complément d’éclairage en 220v (PC 500 w). En mode « master » c’est un 4 voies qui fait bloc de puissance avec quelques paramètres programmables (fade in/out ), en mode « slave » il peut être couplé en série à une console DMX et se commande à distance.

dim 4x5 -  voir en grand cette image

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L’entrée en scène et les changements de décors

Un castelet peut être conçu comme une salle de théâtre, avec un fond de scène, des pendrillons et des rideaux, c’est la formule incontournable du théâtre classique. Les rideaux s’ouvrent et le spectacle commence….

Il est possible de supprimer les rideaux de scène et de jouer uniquement avec la lumière, dans ce cas il est préférable de disposer d’une obscurité complète lors des changements de décors.

L’entrée du premier personnage sur la scène est l’un des moments clef de la représentation, c’est l’instant ou le spectateur passe du monde « réel » au monde de « l’imaginaire » et la marionnette du statut d’objet à celui de héros à part entière, il se doit d’entrer sur scène comme le ferait un acteur, avec son existence et sa personnalité propre. Ce moment de « première rencontre » doit être soigné et crée un effet de surprise propice à capter l’attention du public !

schema scene

Bien entendu, pour un castelet, le lointain (mur de fond de scène) n’est qu’une planche ou un rideau bien tendu et les murs côté jardin ou cour n’existent pas, c’est le lieu par lequel les marionnettes feront leurs entrées et sorties de scène. Ce passage doit être suffisamment espacé pour permettre le passage aux personnages et les bandes de tissu assez larges pour que l’on ne puisse pas voir les coulisses qui se trouvent derrière.

Si le personnage doit se déplacer et que le décor est une toile de fond, votre héros peut marcher sur place et le décor défiler derrière lui… Tels les premiers trucages du cinéma américain, où le conducteur d’une automobile, trop occupé à discuter avec la jeune et jolie passagère, conduit sans regarder la route ! C’est une technique qui fonctionne depuis des générations.

Il est aussi possible se symboliser les changements de lieu par des bruitages sonores accompagnés d’une variation lumineuse, ou de les matérialiser par une rampe de décor qui évoluera à l’avant ou à l’arrière de la scène. Dans ce dernier cas, un rail pour le déplacement des décors peut être envisageable, la fluidité des déplacements contribuera au réalisme.

Quelle que soit la solution choisie, il est toujours préférable d’avoir recours à des « trucages » pour conserver une scène unique, par exemple un support mobile pour y suspendre la marionnette lors de ces « déplacements », ainsi vous libérez une de vos mains, cela vous permettra de mieux manipuler les décors lors des changements de scène.

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Les situations particulières

Dans les situations particulières j’inclurai pèle-mêle :

  • les ombres chinoises (voir : Écran d’ombres chinoises)
  • les projections vidéo en fond de scène
  • les changements de taille des personnages (échelles différentes)
  • la présence d’acteurs avec les marionnettes
  • les manipulations à plusieurs mains (deux ou trois marionnettistes)
  • les manipulations hors castelet
  • etc…

Toutes ces situations sont très intéressantes car elles ouvrent des horizons nouveaux, elles sont à prendre en compte lors de la conception de votre futur castelet.

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Je vous souhaite une très bonne conception et une merveilleuse réalisation.